Les animaux en hiver : les secrets d’une vie en suspens

Les animaux en hiver : les secrets d’une vie en suspens

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En hiver, pour ceux qui n’ont pas le choix de migrer sous des cieux plus cléments, il ne reste qu’une solution : s’adapter pour supporter les rigueurs de la saison et la pénurie de la nourriture qui l’accompagne. Pour cela, le monde animal dispose de plusieurs stratégies fondées sur le prodigieux instinct de survie.

L’herbe devient plus rare ou inaccessible, et il n’y a plus d’insectes… La plupart des animaux s’adaptent remarquablement à ces conditions de vie qui changent en développant une stratégie leur permettant de résister. Celle-ci varie selon les espèces. Certains se mettent à l’abri et font des réserves comme l’écureuil, d’autres comme la marmotte plongent dans un long sommeil ou dorment à temps partiel comme le hérisson, des reptiles, s’engourdissent quand des oiseaux y laissent parfois des plumes, car il leur faut beaucoup de  nourriture pour se réchauffer alors que celle-ci est devenue rare.

De fait, quelle que soit l’espèce, la nécessité pour résister au froid consiste à limiter les dépenses énergétiques corporelles. Toutefois, dans la réponse apportée, on distingue deux gros groupes, celui des animaux à sang froid – poïkilothermes- et celui des animaux à sang chaud -homéothermes. Les premiers ne peuvent réguler leur température interne, et dépendent pour cela de leur environnement, nombre d’entre eux attendront le retour des beaux jours en état de léthargie, réduisant leur métabolisme au minimum vital. Les seconds produisent, eux, de grandes quantité de chaleur interne dont ils vont tirer parti. Ainsi certains oiseaux et mammifères vont ajuster leur température quand d’autres doubleront le processus d’une réduction du métabolisme qui les fera rentrer en hibernation ou un état proche.

Hiberner : le minimum vital

L’hibernation est une stratégie extrême dont le but est justement d’économiser l’énergie corporelle de l’animal. On estime qu’elle réduit de plus de 90% le métabolisme basal des animaux, en moyenne. C’est en réalité un état physiologique fort différent du sommeil. Des chercheurs continuer de se pencher sur ses mystères. Il s’agit d’un engourdissement de longue durée, caractérisé par:

  • un abaissement de la température de l’animal qui avoisine celle de son environnement;
  • un stockage, préalable de graisse qui fournit l’énergie permettant de supporter le froid;
  • un ralentissement de la consommation d’oxygène, et des phases dites « de réveil » régulières, de durée et de fréquence, qui diffèrent selon les espèces.

Le loir, la marmotte, le hérisson, la taupe, le lérot, le muscardin, le hamster sauvage , mais aussi les reptiles et les batraciens passent ainsi l’hiver dans une longue torpeur. Le niveau de vigilance est variable selon les espèces, par exemple la marmotte ne sera pas dérangée si on la saisit puis si on la repose, tandis que le muscardin, si on le touche, pousse aussitôt un petit cri et se réveille, une demi-heure après. D’autres animaux, dérangés, se déplacent et cherchent un autre refuge.


Le cas de la marmotte

Figure emblématique de l’hibernation – comme l’ours-, la marmotte passionne les spécialistes… En été, comme bien des mammifères, elle a une température de 37,5 °C environ. On a pu observer qu’en pré-hibernation, sa température baisse par paliers correspondant à une alternance des sommeil et de réveils, jusqu’à atteindre 12 °C. À ce stade, elle entre véritablement en léthargie et ses réveils périodiques connaissent un rythme plus espacé. Sa consommation d’oxygène et son rythme respiratoire baissent spectaculairement ; son rythme cardiaque baisse aussi.

La même progressivité s’observe lors de la sortie de l’hibernation, à chaque réveil périodique, sa température remonte. C’est principalement pendant ces réveils qu’elle brûle les graisses accumulées à la fin de l’été et notamment pour produire la remontée de température du réveil final. La position en boule au fond du terrier familial, pendant l’hibernation, est économe en énergie, car c’est le moyen d’offrir la plus petite surface possible au contact de l’air froid. Le loir, lui, hiberne environ 6 mois par an et utilise sa queue comme couverture.


Faire barrière au froid

Quand certains dorment, d’autres s’enrobent. Le plumage ou le poil d’hiver deviennent plus épais et plus denses, se doublent d’un duvet isolant ou plus épais comme chez le renard roux. Si le lièvre variable et l’hermine pratiquent l’homochromie en s’habillant de blanc – une mue grâce à laquelle ils prennent la couleur de la neige qui les soustrait à la vue des prédateurs -, ils font de l’air contenu dans leur fourrure un écran protecteur.

Les oiseaux aussi savent utiliser l’air : ils gonflent leur plumage, ce qui augment la quantité d’air entre la peau et les plumes, comme le lagopède blanc, un autre adepte de l’homochromie. La peau agit alors comme un isolant. Mais ce travail les amène à dépenser beaucoup d’énergie, donc accroît leur besoin de nourriture et le temps nécessaire à sa recherche. C’est donc plutôt par la faim qu’elle induit que la période enneigée leur est souvent fatale… D’autres, comme les chardonnerets, augmentent le nombre de leurs plumes.

Certains oiseaux se protègent en se regroupant, serrés au fond d’un nid, voire en doublant ce nid avec des plantes séchées et des poils. Les individus regroupés peuvent même se coller les uns aux autres pendant la nuit. Ils réduisent ainsi la surface corporelle totale du groupe et donc les pertes de chaleur pour chaque individu.


Sous la neige, la vie continue...

Des traces de pas sur la poudreuse, un brusque craquement de branches sous des arbres enneigés : pour les promeneurs attentifs, la vie animale au cœur de l’hiver réserve de bien belles surprises. Tant que l’épaisseur de la neige n’excède pas 15 à 20 centimètres, les petits mammifères, tels que les souris, la musaraigne alpine ou le campagnol peuvent encore chercher de la nourriture dessus.

Au-delà, ils se réfugient dessous, dans l’espace entre le sol et la neige qui s’est créé lors de la chute en douceur des flocons sur les herbes, plantes et arbustes. La neige joue alors un rôle d’isolant thermique efficace et l’abri est confortable. Côté respiration, tant qu’il n’y a pas de croûte glacée, ils ne manquent pas d’air : une neige fraîche et sèche peut contenir plus de 90 % d’air, et les tiges de plantes ou troncs divers font office de puits de ventilation.

Certains animaux, comme les campagnols, creusent des galeries, se déplacent une activité intense. Si la neige a été écrasée et forme un « mur », l’animal doit alors sortir, traverser en surface puis rentrer à nouveau dans son refuge subnival. S’il le fait en plein jour, c’est alors la meilleure occasion pour l’apercevoir.

Car sinon, la vie sauvage se fait toujours discrète, furtive. Seules les traces que laissent les animaux sur la neige témoignent de leur passage, et donnent l’occasion de passionnantes observations.

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