La friche, un paysage mouvant

La friche, un paysage mouvant

Quand l’homme abandonne ses champs ou ses ateliers, la nature reprend plus ou moins vite ses droits. La graine devient herbe, le buisson se change en bois, les animaux s’installent dans le moindre recoin. La friche, c’est la vie !

La friche est avant tout un abandon. Une parcelle, qu’on utilisait pour l’agriculture, ou tout autre service, est délaissée. par mi les exemples les plus évidents, citons les champs qui ne sont plus cultivés, les anciens bâtiments industriels, plus ou moins détruits, ou encore les bords de route, jamais été utilisés. Une région comme le Nord-Pas-de-Calais compte à elle seule 10 000 hectares de friches industrielles.

Mais la grande majorité des friches existant en France est liée au recul de l’agriculture. Les estimations varient en effet de 4% à 20% de la surface totale de notre pays. Comment expliquer une telle variation ? Tout simplement parce que la friche est un état provisoire, qui peut facilement être confondu avec autre chose.

Un milieu en perpétuelle transformation

Ainsi, une jachère n’est pas une friche. Un paysan peut laisser reposer un champ pendant quelques saisons pour des raisons agricoles sans jamais avoir eu l’intention de l’abandonner. Il aura bien l’apparence, pendant tout ce temps, d’une friche, mais ne le sera pas au sens strict. En revanche, les pelouses, prairies, vergers où plus personne n’a fauché depuis des années sont certainement des friches.

Mais même si ces situations conduisent à des méprises et des erreurs statistiques, car une friche agricole ne cesse d’évoluer, de se diversifier? En seulement cinq ans, elle se couvre d’arbustes, et en dix ans, de véritables petits arbres? Dans ce cas, faut-il encore parler de friche ? Ou plutôt de bois ? Ou même de de forêt ? Et comment nommer une ancienne carrière, qui peut ressembler pendant des années à un énorme chantier avant de se changer en réserve naturelle ?

Une chose est sûre, la friche est ce que l’écologie scientifique appelle un écotone », c’est-à-dire un milieu de transition entre deux états différents. En clair, la friche est une sorte de photographie du paysage. Un paysage mouvant, changeant, en constante évolution. La friche a besoin de graines pour se développer. Elles proviennent parfois de ce que les botanistes appellent la banque de graines du sol. Un sol, même en ville, peut contenir un stock parfois ancien de graines qui ne demandent qu’à germer. Il suffit parfois d’un peu d’eau et de lumière pour « réveiller » des semences enfouies depuis de longues périodes. Mais la principale source demeure l’essaimage, c’est-à-dire le transport des graines depuis des milieux voisins. Surtout par le vent et des animaux comme les oiseaux ou les écureuils.

Les terrils du Nord, de formidables friches
Les espèces dites « pionnières », c’est-à-dire les premières à s’installer, sont à peut près toujours les mêmes : il s’agit de ronces, d’orties, de prunelliers, de cornouillers, parfois de chardons et de cerfeuils. Dans un premier temps, elles vont cohabiter avec les espèces déjà présentes, comme le colza ou le blé dans les zones cultivées. Mais ces dernières vont peu à peu disparaître. Selon les milieux, des espèces végétales spécialisées vont peu à peu coloniser la friche. Sur le roc, le long des murs, les fougères et orpins seront les premières à apparaître, comme par miracle.

Dans les anciennes zones industrielles, sur les remblais, on verra davantage des onagres ou de l’épervière. Sur les terrils du Nord, qui sont de formidables friches, les premières plantes capables de fixer le sol, puis d’installer un minimum d’humus dont le tussilage, le réséda jaune, l’oseille à feuilles d’écusson. Viendront ensuite le mélilot blanc et le millepertuis perforé qui ouvrent la voie à la pelouse, où grouillent insectes, papillons et petits mammifères. Cette pelouse est le dernier stade avant les buissons et broussailles, très appréciés par de nombreux mammifères, y compris les sangliers et les chevreuils.

Des oiseaux comme les fauvettes, les mésanges ou les pouillots y cachent volontiers leurs nids. Depuis une quinzaine d’année, une poignée de spécialistes et d’amoureux tentent de réhabiliter les friches, souvent considérées comme des lieux inquiétants ou hostiles aux hommes.

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