Les calanche de Piana, un paysage de beauté

Les calanche de Piana, un paysage de beauté

ÉLeurs rochers sculptés par l’érosion comptent parmi les merveilles de l’Île de Beauté. Site naturel inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, les calanche de Piana abritent en outre une faune et une flore remarquables. 

Au beau milieu de la côte occidentale de Corse, le golfe de Porto ouvre un triangle profond. au dus de celui-ci, sur une portion longue d’environ deux kilomètres entre les communes de Porto et de Piana, s’élèvent les falaises à pic et rongées par  l’érosion des « calanche » proprement dites – veillez à prononcer « calanques », et a orthographier le mot sans « s », car il s’agit du pluriel corse de calanca.

Elle se profilent sur les bleus intenses de la mer et du ciel comme un chaos d’aiguilles déchiquetées, d’escarpements, de rochers tourmentés aux silhouettes improbables, où chacun selon son imagination reconnaît personnages familiers, animaux ou monstres mythiques.

Une origine surnaturelle ?

Une telle fantasmagorie ne saurait avoir d’origine que magique ou diabolique : selon la légendes, Satan  en personne et donc responsable de ce désordre. Séduit par une jolie bergère de Piana, il voulut obtenir ses faveurs. Mais en bonne fille corse, celle-ci ne se laissa pas compter, et envoya promener le Malin. Certains disent même que son mari, accouru en hâte, le rossa d’importance. Quoiqu’il en soit, le Diable éconduit vit rouge et se mit à frapper, briser, déchiqueter la montagne autour de lui, pétrifiant pour faire bonne mesure le berger, la bergère et son chien, dont les silhouettes sont facilement reconnaissables parmi les rochers, Saint Martin, passant par là, ne trouva pour calmer sa fureur que la « douche froide » d’une vague : laquelle en retombant devint le golfe de Porto…

Une géologie fantasque

En réalité œuvres de la seule nature, par l’action conjuguée du vent, des vagues et de la pluie, les falaises de granit rouge qui s’élança quelque 300 m au-dessus de la mer n’en sont pas moins spectaculaires. À l’origine, ce sont les glaciers qui ont creusé, dans le vieux socle hercynien formant le sud-est de la Corse, la profonde vallée que la montée des eaux allait transformer ensuite en golfe. Ce socle dont le soulèvement remonte à l’ère primaire, est composé de roches magmatiques cristallines : ici un granit alcalin, c’est-à-dire riche en sodium et potassium.

Assez rare dans le monde, mais fréquente sur l’île, cette composante lui vaut ses teintes roses ou rouge. Par ailleurs résistant, ce granit se montre sensible à l’érosion, et particulièrement à la création de taffoni – ou tafoni. Ces cavités en arrondi, typique du paysage corse – en Corse, un tafonu est un trou -, se constituent au flanc d’une paroi sous l’effet des changements brusques de température et d’humidité.

Certains cristaux plus fragiles inclus dans la roche se désagrègent d’abord, créant une zone vulnérable dont le pourtour s’évide à la manière d’une carie. Les tafoni, qui peuvent atteindre plusieurs mètres de profondeur et de diamètre, se développent plus volontiers à l’ombre, et toujours vers le haut, l’air chaud s’accumulant sous la voûte. Autrefois, les plus grands servaient d’abri aux bergers.

À proximité de la mer, les embruns dont le sel se cristallise en augmentant le volume accentuent encore le phénomène. De véritables grottes se forment : si vastes que, dit-on, voiliers pirates et contrebandiers pouvaient s’y dissimuler…

Scandola, paradis protégé

En classant les calanche Patrimoine naturel de l’humanité, en 1983, l’Unesco y a associé une partie de la côte nord du golfe de Porto. Non sans raison. Face à Piana, les presqu’îles de Senino et Scandola encadrent le merveilleux port naturel de Girolata. Un unique hameau s’y niche, au pied d’un vieux port génois. Pade route, on y vient par la mer, comme le ravitaillement, ou à pied, par le sentier muletier qui sinue une heure et demie durant à travers le maquis parfumé.
À l’ouest, la pointe volcanique de Scandola, avec ses impressionnants massifs de porphyre pourpre, ses coulées basaltiques, ses orgues de rhyolite plongeant dans la mer, ses « mousses de laves » exceptionnellement préservées, est un paradis pour les géologues.
Pour la vie sauvage aussi : son maquis caractéristique où se mêlent genévriers, arbousiers, lavandes et bruyères abrite chauve-souris, grenouilles et sangliers ; nombre d’oiseaux rares s’y reproduisent, tels le balbuzard pêcheur, le cormoran huppé, le puffin cendré ou le goéland d’Audouin, sans oublier les passereaux comme la fauvette pitchou et le pipit rousseline.
Quant à ses eaux transparentes, on y dénombre quelque cent vingt-cinq espèces de vertébrés, certains devenus rares en Méditerranée, comme le mérou, et plus de quatre cent cinquante espèces d’algues. par endroits, les algues calcaires, réputées difficiles sur la qualité de l’eau, entourent le rocher de trottoirs larges de deux mètres…
Une telle richesse ne s’explique que par une protection rigoureuse : créée dès 1975, à l’initiative du parc naturel régional, la réserve naturelle de Scandola est la plus ancienne de Corse. Ella mis fin à de redoutables habitudes comme la pêche inconsidérée des langoustes, de l’ordre de plusierus tonnes par jour en été. De la pointe du Capu Rossu au sud jusqu’au petit golfe d’Elbo au nord, elle englobe presque mille hectares de terres et autant d’eau, pour cent kilomètres de côtes déchiquetées, inhabitées et quasi inaccessibles.


Les chemins de la découverte

Pour explorer Scandola, il faut un bateau. Il est possible de louer un pneumatique à Porto ou à Galeria, plus au nord – difficile dans ce cas d’assister au somptueux spectacle du coucher de soleil, et de rentrer à l’heure- ou d’embarquer pour l’une des mini-croisières organisées depuis Porto. Certains petits bateaux s’approchent assez près de la côte, et offrent même une vision sous-marine, par fond de verre interposé. Ceux qui disposent de leur propre embarcation se souviendront que le mouillage n’est autorisé que pour vingt-quatre heures.
Vu de la mer, le chaos minéral des calanche est également imposant, avec ses à-pics à l’assaut desquels semblent grimper de hardis bosquets de chênes-verts et pins à crochets, et en toile de fond les maisons claires du village de Piana, perchées sur le plateau à 438 m d’altitude, autour de leur église au campanile blanc comme un phare.
Mais on le parcourt aussi par voie de terre : les sentiers que suivaient bergers et muletiers, avant les années 1850 et l’ouverture de la route, s’y prêtent avec bonheur. En partie conservé, l’ancien et vertigineux chemin de Piana à Porto est sans doute le plus beau. Dallée d’énormes blocs, il court, là où le flanc de la montagne se dérobe, au sommet d’un incroyable mur de pierres sèches.


Un balcon sur le mer

Plus bas, le sentier dit de la Tête de chien, du nom du rocher signalant son début, envahi par le maquis, jusqu’au Château Fort, énorme promontoire carré qui offre une vue splendide sur le Golfe.
Saurez-vous repérer, entre mille sculptures naturelles, la Tortue, l’Aigle, l’Évêque assis sur son trône ? À l’entrée du Golfe, le Capu Rossu, où la tour génoise de Tughiu veille à plus de trois cents mètres au-dessus des flots, garantit lui aussi une belle marche d’environ deux heures et demie à travers une zone de pâturage traditionnel.
Une activité ancienne remise au goût du jour pour préserver le fragile écosystème du site. L’itinéraire est balisé depuis la route menant à la plage d’Arone, à une dizaine de kilomètres. Côté calanche, il n’existe plus qu’un seul accès direct à la mer, tout proche de Piana et pourtant invisible depuis le village : la petite marine de Ficajola, qu’on rejoint par un raidillon tout en lacets. Avant que les romains ne créent le port de Bastia, elle était l’ultime escale des marins grecs s’apprêtant à affronter le périlleux passage entre Corse et Sardaigne.

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