Des mammifères menacés : une urgence écologique

Des mammifères menacés : une urgence écologique

Certains disent que les humains sont des mammifères comme les autres … Mais parfois, ces drôles de congénères provoquent la dégradation de leur environnement.

D’après les chiffres communiqués par l’Union européenne, 24 % des mammifères du monde sont sérieusement menacés d’extinction. Sur l’ensemble du continent, le bilan monte à 42 %, la menace planant plus particulièrement sur les visons, le renard d’Europe, plusieurs variétés d’écureuils, les dauphins, les baleines et le lynx Pardelle dont il ne reste plus que quelques centaines en Espagne.

Cet état de lieux précise que, le nombre exact d’espèces animales vivant sur terre restant inconnu, personne ne peut évaluer celui des espèces en voie d’extinction. Il ajoute que des experts  estiment le rythme des disparitions de 1 000 à 10 000 fois supérieur au rythme naturel .

Sans intention de nuire

La conclusion s’impose : cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes, les mammifères d’Europe la doivent à l’intervention humaine. Certes, l’intention de leur nuire ne présidait pas aux changements environnementaux qui ont signé leur perte. Mais les résultats sont là, assez connus maintenant pour qu’on ne puisse plus ni les nier ni les ignorer, ni de dispenser d’agir. Les écosystèmes forment des ensembles dont les éléments – plantes, animaux ou micro-organismes – interagissent si intimement que la destruction de l’un d’entre eux nuit gravement à l’équilibre de tout. Autrement dit, la mort d’un écosystème entraîne celle des animaux qui y vivaient.

Par exemple, l’Europe ayant perdu plus de la moitié de ses zones humides, les mammifères des bords d’eau, comme les castors ou les loutres, ne trouvent plus guère à se loger. La disparition d’un écosystème n’a rien de spontané. Du moins, pas à la vitesse à laquelle elle s’opère depuis des décennies et des décennies… Depuis que ce mammifère pas tout à fait comme les autres, l’humain, a imaginé des façons d’exploiter la nature, par la chasse, la cueillette, la coupe du bois, l’élevage, il a agi sur elle.

Plus les moyens techniques inventés par les humains devenaient performants, moins la faune et la flore pouvaient évoluer à un rythme garantissant leur survie, jusqu’à ce que l’augmentation de la population, l’extension urbaine et celle des réseaux de communication, la déforestation, la présence des toxiques dans les cultures, la raréfaction des points d’eau, l’introduction  d’espèces exotiques ou génétiquement modifiées colonisant les locales, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution et les changements climatiques qui en découlent, rendent impossible l’adaptation pour les moins coriaces, les animaux et les végétaux les moins nombreux et les moins prolifiques.


Là-haut, sur nos montagnes

On commence aujourd’hui à mesurer l’inter-dépendance, non seulement des éléments d’un écosystème mais aussi des différents écosystèmes.Par exemple, qu’adviendra-t-il des vallées si la fonte des glaciers qui se confirme prive les fleuves des eaux printanières ?

Les petits mammifères européens des altitudes subissent les premiers les conséquences de ce bouleversement climatique en marche. Toute la survie des marmottes, martres, belettes, lièvres… qu’ils hibernent ou pas, est basée sur l’alternance des saisons. Ils ont, au fil d’un temps qui dépasse notre mémoire, développé des stratégies pour s’adapter aux grands froids, assurer leur reproduction et leur protection au retour des beaux jours, accumuler des réserves pour l’hiver prochain… Pas plus que les fruitiers qui fleurissent trop tôt, ils ne peuvent maîtriser le décalage de leur cycle, et des conséquences qui s’ensuivent.

Les cervidés – chamois, bouquetin, chevreuil, mouflon…- ont vécu une chaude alerte au début du XXe siècle, quand le perfectionnement des armes à feu rendit leur traque accessible au moins doué des tireurs. La création de réserves naturelles, facilitée en zones montagneuses puisqu’elles ne présentaient que peu de possibilités d’exploitation économique, et la réglementation de la chasse qui allait avec, leur ont sauvé la mise.


Cornes et sabots

Les cervidés des forêts de plaine ont bénéficié d’actions de repeuplement et du plan de chasse : cerfs et chevreuils deviennent même en certains lieux assez nombreux pour causer des dégâts dans les forêts et les cultures. En revanche, les daims vivent aujourd’hui très peu à l’état sauvage.

Les équidés ont été domestiqués depuis de siècles, subissant des croisements et améliorations de races destinés à répondre au mieux aux besoins des humains, travail ou loisirs. Le cheval Prjewalski, qu’on considère souvent comme le seul véritable cheval sauvage et ancêtre de toutes les races domestiques, originaire de Mongolie, a été réintroduit dans les Cévennes, où quelques spécimens ont pu renouer avec leurs mœurs naturelles.

Le pottok gambade encore en troupeaux sur les plateaux des Pyrénées basques, à l’état dit « semi-sauvage ». L’âne, inexistant à l’état sauvage en Europe, jouit d’un regain d’intérêt en tant qu’animal de compagnie, partenaire de promenades notamment. Ce débouché, après sa désaffection en tant qu’animal de bât, a favorisé la sauvegarde de ses races nombreuses et variées.


Les aquatiques

Parmi les mammifères des mares et des rivières, résistent le mieux ceux qui, opportunistes, ne craignent pas au besoin d’aller quérir leur nourriture dans les zones urbanisées, comme le rat musqué, le ragondin ou encore le raton laveur.

La loutre se raréfie à cause de la pollution et/ou la disparition de son milieu naturel. Le vison d’Europe ne survit plus que dans quelques départements de l’ouest de la France. Le vison d’Amérique, importé pour sa fourrure, et dont des spécimens échappés des élevages se sont reproduits à l’excès, est menacé ainsi que la loutre et le putois.

Le castor, mal vu du fait de son habitude à abattre des arbres et convoité pour sa fourrure, a vu sa population fortement décroître; jusqu’à sa réintroduction depuis une quarantaine d’années.


Des mal-aimés

Des mammifères carnivores ont à souffrir, outre de cette évolution incontrôlée de l’environnement, d’une haine ancestrale des humains parce que, prédateur comme eux, ils convoitent les mêmes proies, sauvages ou domestiques. Il en va ainsi du renard roux, du chat sauvage – dit forestier ou sylvestre-, du lynx, du blaireau, et du plus fascinant d’entre eux, le loup.

La chasse rendait, depuis des siècles, la vie de ces animaux difficile, qu’ils soient victimes de battues ou de pièges, même placés pour d’autre qu’eux. La déforestation, la circulation routière, leur ont posé des défis insurmontables. D’autant que, la nourriture devenant de plus en plus rare et difficile à se procurer, ils ont perdu de leur vigueur et de leur résistance.

Le loup avait disparu en France en 1937. Il y a été réintroduit en 1992 et jouit depuis 1993 d’une protection stricte. La plupart des pays d’Europe de l’Ouest lui ont accordé ce statut. Moins souvent en Europe de l’Est, où les populations sont cependant plus nombreuses. Sa protection ne fait pas l’unanimité, surtout parmi les éleveurs. On accuse trop souvent le loup des dégâts dans les troupeaux dont les chiens errants sont en fait responsables. Il faut dire que seules sont indemnisées les pertes dues à un animal sauvage.

La réintroduction d’ours venus de Slovénie a soulevé une vive polémique, avec un point d’orgue en 2004, où un chasseur a abattu la femelle Cannelle. Pour ses défenseurs, on fait porter à l’ours des difficultés qui précédaient son retour : raréfaction de l’agriculture de montagne et du pastoralisme traditionnel.

Quant au lynx, victime de la beauté de sa fourrure, on a commencé à le réintroduire dans les années 1970 dans les Vosges, le Jura, les Alpes et les Pyrénées où il n’avait pas totalement disparu. Son tempérament solitaire et sa prédilection pour les endroits rocailleux lui assurent une protection naturelle.

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